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Nous remercions la lettre "Les nouvelles de Roumanie" pour la réalisation de cette page

 

 

BUZURA Augustin

 Augustin Buzura: est né en 1930 à Berintza, dans le Maramures. Après avoir fait des études de médecine, il publie son premier recueil de nouvelles en 1963. Son œuvre se compose de romans, de nouvelles, d'essais, ainsi que de scénarios cinématographiques.
L'écrivain est membre de diverses académies culturelles européennes (Rome, Amsterdam) et président de la Fondation culturelle roumaine depuis 1990.
Les " Editions Noirs sur Blanc " ont publié " Chemin de cendres " en 1993 (paru en Roumanie en 1988) dans une traduction de Jean-Louis Courriol et " Requiem pour salauds et fous " en 2001 (paru en Roumanie en 1999) dans une traduction de Marily Le Nir.
" Requiem pour salauds et fous " d'Augustin Buzura
 
Le regard noir mais salutaire d'un écrivain roumain sur la réalité de son pays
 
Une manière de connaître la Roumanie d'aujourd'hui est de découvrir ses auteurs, même si les traductions françaises ne sont pas très nombreuses. " Requiem pour salauds et fous " d'Augustin Buzura, paru en Roumanie en 1999 et en français en 2001, est un ouvrage que les lecteurs occidentaux ont tout intérêt à lire s'ils veulent pleinement appréhender la situation psychologique de leurs amis de l'Est.
Cette œuvre est impressionnante. Tout d'abord par son épaisseur, près de 700 pages denses, parfois sans renvois à la ligne. Mais cette manière de faire est issue, pour une part, d'une tradition roumaine, les auteurs prolixes étant légion : Nicolae Iorga, Camil Petrescu, Mircea Eliade et, plus récemment, Mircea Cartarescu. Il s'agit aussi d'une conséquence du poids du totalitarisme sur la pensée : il fallait noyer ce qui pouvait passer de séditieux dans une prose bavarde, allusive, et parfois même codifiée, la rendant illisible, notamment pour les étrangers.
Toutefois, " Le requiem… " de Buzura échappe à ce travers. Même si certaines parties paraissent longues, ce texte captive dès le début.
 
" Tous sortent de la cuisse de Ceausescu "
Matei Popa, le personnage central, est un journaliste en quête de vérités sur le passé. Sa démarche dérange ceux qui espèrent prendre place dans la nouvelle élite sociale qui se construit après la " révolution " de décembre 1989, et l'invitent à aller voir ailleurs comment va le monde, " plutôt que de risquer bêtement sa vie ".
Devant ces menaces, Popa est alors partagé entre son sens de la dignité et la peur. Des réflexions l'assaillent : " Dieu peut leur pardonner (…) mais, je ne crois pas que l'on puisse vivre dans un monde où les grandes fautes resteraient dissimulées, ignorées, impunies. Il faut régler nos comptes une bonne fois pour toutes, même si cela fait mal ".
Douleur, peur, vérité, sont les maîtres mots de ce puissant ouvrage. En se plongeant dans son passé, Matei Popa retrouve les affres du monde d'avant : la dictature, la Securitate, la misère morale, culturelle et surtout matérielle. Les alternances entre le passé et le présent laissent comprendre que les deux mondes ne sont pas si différents que cela. Les maîtres sont parfois les mêmes : " Seule la couleur des uniformes a changé (…) Ceux qui ont percé, ce sont les hommes dépourvus de morale, d'idéologie, de foi, ceux qui n'ont jamais eu et n'ont, aujourd'hui encore, que des intérêts (…) Tous sortent de " la cuisse de Ceausescu " ".
 
Le salut viendra de ceux qui n'ont pas été esclaves ou retrouvent leur dignité
Mais ce constat désespérant est immédiatement suivi d'une sorte de credo : " C'est peut-être une étape normale, un pas nécessaire : ils ont été les plus forts, les plus résistants, et nous serons contraints de supporter leur mépris et leur grossièreté jusqu'à ce que parvienne au premier plan ceux qui n'ont pas été esclaves au pays d'Egypte ! Mais viendront-ils ? Les meilleurs s'en vont et restent là où ils trouvent les conditions de vie les plus favorables, les meilleures chances de promotion. On n'a qu'une vie, on ne peut pas la perdre à attendre… ".
C'est justement à ceux qui sont tentés par la fuite et le désespoir, faute de patience, les jeunes notamment, qui " marchent à l'aveuglette ", que Popa veut insuffler sa conviction " … qu'il n' y a de salut qu'en nous mêmes, qu'il dépend de nous mêmes que nous vivions ou mourions, que la renaissance commence par la reconquête de la dignité individuelle et nationale ".
Le lecteur l'aura compris, " Requiem… " est effectivement un texte très noir : " Je regarde autour de moi et je vois un pays humilié, abaissé, des gens désorientés, certains retournés carrément à l'état sauvage, de mauvaises habitudes partout, de la brutalité, de la vulgarité, et une effarante absence de dignité ".
Mais cette peinture sombre, bien souvent désespérante par le cynisme et la misère qu'elle met en évidence, possède la force des catharsis qui permettent de construire un avenir. Buzura a le courage de regarder la vérité en face. N'est-ce pas à ce prix que les évolutions positives sont rendues possibles ? Ce livre, finalement porteur d'espoir, est un grand bonheur… Un grand livre même !
 
Bernard Camboulives

 

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