Bucarest, capitale à hauts risques
 
Voici un quart de siècle, le 4 mars 1977 au soir - il était 21h20 - La Roumanie subissait le tremblement de terre le plus destructeur de son histoire. D'une magnitude de 7,4 grades sur l'échelle de Richter et d'une profondeur de 95 km, son épicentre se situait à 150 km au nord-est, dans la zone sismique de Vrancea (Focsani), qui provoque 95 % des tremblements de terre du pays. Le séisme causa la mort de 1570 personnes, en blessant 11 300, laissant 35 000 famille sans logements. Près de 200 immeubles de plus de 6 étages s'étaient effondrés ou étaient fortement endommagés, notamment les plus vieux qui n'avaient pas de structures métalliques et avaient déjà subi d'autres secousses.
 
Ceausescu en profita pour faire place nette
 Des immeubles lézardés vacillaient, le centre de la capitale était trouée de crevasses béantes, vites cernées de hautes palissades qui soustrairont les dégâts à la vue du public. Ceux-ci furent estimés à deux milliards de dollars de l'époque, mais aucun chiffre ne sera donné.
Les témoins se souviennent d'une nuit glaciale où " le ciel était rouge comme le sang ", déchirée par les cris de désespoir des rescapés ayant perdu leurs proches et les plaintes inhumaines des habitants ensevelis sous les décombres, écrasés ou mourant asphyxiés. Par chance, aucun incendie de grande ampleur ne se déclencha. Parmi les victimes, on releva le nom d'artistes connus comme l'acteur Toma Caragiu, la chanteuse Doina Badea, le metteur en scène Alexandru Bocanet, l'écrivain Alexandru Ivasiuc.
Les autorités communistes se montrèrent très avares d'informations sur la catastrophe et réagirent lentement, sans-doute pour cacher leur impéritie dans le domaine des secours et de la prévention. Aucun rapport détaillant son étendue ne fût publié. Les Roumains ne devineront l'ampleur de la catastrophe que par ouïe-dire, et au fil du temps.
Mais Ceausescu profita de ce cataclysme pour lancer dans les années suivantes son programme bouleversant l'urbanisme et l'architecture du centre de la capitale, faisant disparaître des quartiers entiers, des églises. Place nette était faite pour son palais gigantesque et l'avenue qui lui fait face.
 
En 1940, les Gardes de Fer et les Allemands au secours des survivants
 
Bucarest n'en était pas à son premier tremblement de terre. La ville a connu douze séismes majeurs au cours du XXème siècle, d'une magnitude comprise entre 6,4 et 7,7 grades, allant jusqu'à une profondeur de 150 km, ce qui fut le cas de celui du 10 novembre1940, le plus fort. Son bilan fût moins lourd - tout de même 500 morts - les constructions n'étant pas aussi hautes. Dix mille maisons et immeubles furent détruits ou sérieusement endommagés par une terrible secousse qui dura trois minutes, surprenant la population en plein sommeil, à trois heures du matin. Parmi eux, le célèbre hôtel Carlton, dont le spectaculaire effondrement de ses 14 étages, dotés pourtant d'une structure en béton armé, marqua les mémoires.
Fraîchement installées dans le pays, les troupes allemandes se montrèrent très actives, déblayant les édifices écroulés, dégageant les survivants. Elles reçurent le renfort des légionnaires de la Garde de Fer qui en tirèrent momentanément profit politiquement. Ce fut bien le seul moment où ces sympathisants fascistes gagnèrent la sympathie des habitants de la capitale, reconnaissants, alors qu'ils partageaient le pouvoir avec le maréchal Antonescu, lequel les éliminera en janvier suivant.