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La mine de Vulcan a encore tué

 
Quatorze mineurs sont morts et deux autres ont été grièvement blessées, début août, lors d’une explosion survenue dans la mine de charbon de Vulcan, dans la vallée de Jiu. La déflagration a eu lieu à une profondeur de 350 mètres. Elle a été provoquée par une accumulation de gaz à la suite d’un court-circuit provenant, semble-t-il, d’une mèche défectueuse reliée à une charge de dynamite, et dont la longueur avait été ramenée à une trentaine de mètres au lieu des cent mètres exigés pour la sécurité. Des rescapés ont signalé qu’un incendie s’était déjà produit, deux semaines plus tôt, dans le puits où s’est déroulé le drame, entraînant sa fermeture temporaire.Les victimes, âgées de 20 à 43 ans, sont mortes de l’inhalation de monoxyde de carbone. Elles laissent une vingtaine d’orphelins. Leurs famille recevront, chacune, une aide de Des risques dénoncés Les syndicats dénoncent régulièrement les risques pour la sécurité des mineurs qui travaillent souvent à des profondeurs de 900 mètres, dans le noir et une chaleur étouffante, mais le manque d’argent a empêché jusqu’ici une amélioration des conditions de travail.Un projet de restructuration du secteur minier, entamé en 1997 et qui a déjà amené la fermeture d’une trentaine de mines et le licenciement de cent mille employés, a été partiellement abandonné par le gouvernement Nastase qui a décidé d’augmenter la production de charbon pour compenser la baisse de celle des centrales hydro-électriques, due à des sécheresses persistantes.

Dans la verte vallée de Jiu, la mine tue de bien des façons
« Pendant des années, j’ai regardé les cortèges de dizaines de cercueils, passer devant mon bloc, précédés de la fanfare et suivi par les veuves en noir, tenant leurs enfants par la main. La ville leur emboîtait le pas et une immense tristesse s’abattait sur ses rues pendant des semaines ».
Cornel Georgiu a noté dans un cahier ses souvenirs d’enfance et de jeunesse passés à Vulcan. Aujourd’hui, à 50 ans, établi depuis une dizaine d’année en France, il se rappelle sa vallée de Jiu, verte et fraîche, la comparant aux Vosges qu’il a connues bien plus tard. « Au fil des ans, elle est devenue de plus en plus grise. Surtout à partir de 1965 avec Ceausescu qui poussait à la production du charbon. Les cheminées n’avaient pas de filtre. Tout était noir et désespérément triste, les maisons, les arbres, la rivière… même les poules ».Une vie rythmée par la mine et la mortLa mine et la mort rythmaient la vie. Cornel n’a jamais connu son père. Il est mort au fond d’un puits dont une galerie s’était effondrée, alors qu’il n’avait que deux mois. Sa mère, très jeune encore, s’est remariée avec un mineur qui échappera plus tard, de justesse, à un accident où plusieurs de ses camarades ont été tués, s’en sortant avec un traumatisme facial. Retournant au fond, il sera enseveli à plusieurs reprises sous des effondrements ou pris dans des explosions, s’en tirant avec les jambes écrasées.En 1960, un matin vers cinq heures, sa mère se leva précipitamment, en s’écriant « Mon frère ! ». Une déflagration venait de réveiller tout Vulcan. Quinze morts, dont les deux oncles de Cornel. « C’était impressionnant. Toutes les femmes étaient aux fenêtres, le visage rongé par l’angoisse ». L’attente, insupportable, commençait alors. La mine était bouclée, personne ne pouvait y entrer. Puis on affichait la liste des victimes. En 1986, Liviu, le frère de Cornel, ingénieur, plaisantait avec un de ses collègues pour savoir lequel des deux remonterait le premier à la surface, une seule place étant disponible dans l’ascenseur. Le sort voulut que ce soit lui. Cinq minutes plus tard, une terrible explosion se faisait entendre : 57 morts, dont son copain. Liviu redescendit aussitôt au fond pour porter secours. Pendant des heures, son père, accouru sur les lieux, ne le voyant pas, le comptera parmi les disparus.Des victimes sans identitéUne autre épreuve attendait les familles, lesquelles, en général, ne pouvaient pas récupérer les corps, disloqués. « Les sauveteurs ramassaient des morceaux de bras, de jambes, de têtes, méconnaissables, et les entassaient pêle mêle dans les cercueils. Ceux-ci étaient fermés, on tirait au sort pour leur attribuer un nom, et ils étaient entreposés dans la salle de cinéma en attendant l’enterrement » se souvient Cornel Georgiu.« A la Toussaint, au cimetière, l’ambiance était poignante. Tout le monde se retrouvait. Rares étaient les familles épargnées. On pleurait nos morts… tout en ne sachant pas lequel était dans la tombe ».Mais hier comme aujourd’hui, la mine tue de bien d’autres façons. Par la tuberculose qui remplit les hôpitaux et par la silicose qui affecte immanquablement chaque mineur. L’alcool fait des ravages. Sur le chemin du retour, épuisés par une journée commencée à quatre heures du matin, ces travailleurs de force s’arrêtent souvent dans les bistrots. Les jours de « paye », on les retrouvait effondrés au coin des rues… Maintenant, c’est à cause du chômage.« Même les fêtes étaient tristes »« Même les fêtes étaient tristes, sans entrain, les gens rentrant chez eux pour éviter les bagarres qui ne manquaient pas d’éclater » poursuit Cornel qui se souvient de ces innombrables veuves portant pendant un an le deuil. « Certaines ont enterré jusqu’à trois maris. C’était même un sujet de plaisanterie ».L’ancien fils de mineur est retourné chez lui, voici quelques mois. Vulcan lui est apparu encore plus sinistre, avec la crise qui s’est abattue sur la vallée. « J’ai eu le sentiment d’une ville fantôme. Les rues sont pratiquement vides, seuls des chiens errants y rôdent. Des blocs de dix étages sont désertés. On y a volé les portes des appartements et les châssis des fenêtres. Sans doute pour faire du bois de chauffage ».

Après les très dures grèves de 1977, qui avaient vu les mineurs se révolter contre leur sort,
Ceausescu était accouru dans la vallée de Jiu, feignant de découvrir la situation, promettant d’ y mettre un terme, ce qui leva un grand espoir, terriblement déçu par la suite. Le « Conducator » entendait surtout reprendre la situation en main. Les leaders du mouvement disparurent et l’armée arriva. De jeunes recrues d’origine paysanne furent envoyées au fond des mines pour pallier à toute nouvelle agitation qui menacerait l’approvisionnement. Ceausescu faisait ainsi d’une pierre deux coups, en accélérant le regroupement des populations rurales qu’il entamait alors.Manquant de formation, de professionnalisme, mal nourrie, mal considérée, cette main d’œuvre entraîna une détérioration des conditions de sécurité, aggravée par l’état du matériel et de l’outillage, et les exigences toujours plus grandes de la production. C’est à partir de cette époque que les plus grandes catastrophes furent enregistrées. Des mesures élémentaires de précaution n’étaient plus prises. Ainsi en 1982, après une explosion faisant plusieurs morts, une commission d’enquête envoyée sur les lieux pénétra dans la mine, bien qu’ ayant été avertie qu’ une seconde déflagration était à redouter, phénomène fréquent dans ce cas… . ce qui se produisit, tuant tous ses membres.En 1986, la même année où Vulcan enregistra sa plus terrible catastrophe, avec 57 morts, une autre tragédie fera 96 morts, dont une cinquantaine de jeunes militaires à Petrosani*, ville minière distante de quelques kilomètres. 

 Vols et négligences pourraient être à l'origine de la catastrophe de Vulcan.
L’enquête préliminaire a montré que l’artificier chargé de dynamiter une paroi n’avait pas respecté plusieurs procédures. Ainsi les mineurs n’avaient-ils pas été évacués avant le début de l’opération, la concentration de grisou n’avait pas été mesurée et le câble utilisé n’était pas conforme, déclenchant l’explosion à un autre endroit que celui prévu. Ces constatations ont entraîné la destitution de six hauts cadres de l’industrie minière et du secrétaire d’état au ministère des industries et des ressources. Le chef du gouvernement leur reproche de ne pas faire respecter la discipline dans leur secteur d’activité, ce qui entraîne un non-respect des mesures de sécurité qui est devenu la norme. Un autre élément a été soulevé, la bonne utilisation des fonds alloués pour la protection des mineurs, question sur laquelle, les autorités ont des doutes. Adrian Nastase a également demandé que de l’ordre soit remis dans les relations des sociétés minières avec les 280 firmes « parasites » de la vallée de Jiu, qui gravitent autour d’elles et dont les propriétaires sont souvent des parents de cadres de ce secteur. Plus de 25 d’entre elles sont suspectées de recycler le matériel dérobé dans les puits, en les revendant à d’autres unités minières. Ces équipements, cédés sous le manteau, sont réutilisés sans vérification technique, parfois en mauvais état. Le câble détérioré qui a précipité le récent drame en faisait-il partie ?
paru dans "les nouvelles de roumanie" 

 

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