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COUP DE COLERE réalisé par Henri Gillet

Au tour du « Petit Robert » de faire place
dans son dictionnaire aux clichés sur la Roumanie
Habitués depuis des années à voir leur image systématiquement bafouée dans le pays qu’ils estiment être le plus proche d’eux, les Roumains ne réagissent plus guère que par fatalisme quand un nouvel avatar survient. Pourtant, le dernier les a fait sortir de leurs gonds, principalement les intellectuels et Francophones (restera-t-il un jour des Francophiles ?) qui ont été blessés par l’humiliation que leur a fait subir un monument de la culture et du prestige français, présent dans tous les foyers qui ont la possibilité de se l’offrir, à savoir « Le Petit Robert ».
L’éditeur a accompagné la dernière version de son dictionnaire, paru à la rentrée en France, d’une très belle et intéressante brochure en couleurs évoquant la naissance des langues indo-européennes et leurs liens de parenté.
L’évocation de chaque pays et de sa langue est illustrée par une superbe et grande photo. Un Grec en costume populaire, un toréador, une gondole et des masques vénitiens, un garde de sa gracieuse Majesté britannique… Et pour la Roumanie ? Bien sûr, c’était couru d’avance : un campement misérable de Tsiganes où s’ébattent des enfants dépenaillés devant  une vieille femme qui tire les cartes.
« Comment un comité érudit d’une institution telle que « Le Petit Robert » peut-il se prêter à une telle assimilation ? » se demande avec raison la presse roumaine. « Adevarul » (« La Vérité ») est consterné. Rappelant l’incident de l’affiche du match France-Roumanie, au Stade de France, en février dernier, où les Roumains étaient symbolisés par un violoniste tsigane, le journal, amer, note : « De la part de sportifs, de la Fédération Française de football, on peut comprendre qu’il est difficile d’avoir à la fois les jambes… et la tête. Mais là, çà dépasse toute compréhension ».
 
Nouveau LE PETIT ROBERT présent ses excuses
 
L’image de la France souffre
Décidément, 2002 aura été un crû particulièrement mauvais… pour l’image de la France en Roumanie. Fin avril, TV5 avait consacré 24 heures en direct à Bucarest. Attendue comme une fête destinée à présenter leur capitale et leur pays, l’émission animée par Frédéric Mitterrand et diffusée dans le monde entier, avait surtout décliné et repris les clichés circulant sur ce pays, mortifiant les téléspectateurs roumains massés derrière leur écran.
Tout l’été, la presse française a transformé en feuilleton l’épisode des mendiants roumains sans préciser qu’il s’agissait de Tsiganes. A la mi-septembre, Arte a présenté un long documentaire consacré à une vallée des lépreux dans le delta du Danube… film au demeurant humaniste, de qualité et honnête.
Mais, les téléspectateurs francophones sont en bon droit de se demander si, en dehors des mendiants, des enfants de la rue ou des orphelinats, des chiens errants, des lépreux… il existe un seul Roumain normal ?
 
Un metteur en scène canadien
à la recherche du sordide dans les rues de Bucarest
La communauté roumaine du Canada s’est indignée de la présentation du film « Les chiens sauvages », lors du récent festival cinématographique de Toronto. Son metteur en scène, le canadien Thom Fitzgerald, qui a tourné voici un an à Bucarest, a repris tous les clichés dont on affuble la Roumanie, leur donnant une dimension encore plus choquante par des effets artistiques et des scènes impressionnantes.
Indiquant qu’il n’avait filmé que ce qu’il avait vu, Fitzgerald a déclaré qu’il avait voulu montré « une ville jolie en ruine, hantée par les chiens errants » et qu’il ne fallait chercher dans son film que « de la compassion et de l’humanisme». On y trouve un enfant amputé des deux jambes, qui mendie sur les trottoirs en se déplaçant dans une caisse lui servant de chariot, mais aussi un nain célèbre dans le pays, tournant dans des clips pornographiques, connu pour être un gigolo et servant d’intermédiaire à des proxénètes. Fitzgerald le montre dansant, fumant un cigare, tout en faisant un strip-tease.
Une nouvelle fois, la Roumanie est réduite à des images sordides. Une nouvelle fois, le nauséabond n’était pas devant la caméra, mais derrière…
 
« Je n’ai jamais eu aussi honte d’être Roumain »
Les images diffusées sur la Roumanie dans les médias occidentaux et l’acharnement que  ceux ci montrent à son égard y causent un profond traumatisme, grave car il peut provoquer un renfermement des Roumains sur eux-mêmes. Dans son éditorial d’« Evenimentul Zilei » (« L’Evènement du Jour ») du 8 octobre, Radu Ciobotea écrit : « Jamais les Roumains n’ont eu aussi honte d’eux-mêmes. Les images que l’on voit chaque jour de notre pays sont devenus exaspérantes. Nos étudiants boursiers à l’étranger, nos spécialistes n’osent plus dire qu’ils sont Roumains. Nos expatriés chuchotent entre eux, de peur d’être surpris et reconnus. Nos plus grands professeurs, invités à des conférences en Occident, sont écoutés avec respect jusqu’à ce qu’on apprenne leur origine et que l’on ne dise avec compassion… « Le pauvre, s’il n’était pas Roumain, ce serait un grand savant ! ». Nos touristes sont observés avec étonnement : « Quoi, vous êtes Roumain et vous visitez le Louvre ?! »… et le regard descend jusqu’aux poches pour voir si elles ne sont pas remplies d’objets volés.
En regardant les nouvelles, chaque seconde qui passe, je me demande si on a encore une chance d’échapper au rétablissement des visas Schengen. Déjà la France et l’Espagne en parlent, maintenant la Hollande… ».
Et le journaliste de revenir à l’un des plus caractéristiques défauts des Roumains, le fatalisme : « Après tout, ils ont sans doute raison. C’est vrai que chez nous tout est moche : la politique, notre façon de nous conduire, de travailler, de parler… ».

 
L'incompréhension d'un journaliste et écrivain suisse
" Pourquoi les médias de France ne montrent-ils
de la Roumanie que ce qu'il y a de gris et de noir ? "
   Noël Tamini vit une partie de l'année dans le Maramures. Pas dupe des trop nombreux travers qui affectent la Roumanie, l'image que l'on colporte de ce pays, basée sur l'ignorance transformée en désinformation, le désole aussi bien qu'elle le révolte, rejoignant la réaction d'innombrables lecteurs. L'écrivain et journaliste suisse nous livre son sentiment.
 
" Les médias n'ont guère de place pour les enfants qui vivent normalement "
"À Paris, en 1998, je fus invité à recevoir un prix. A la fin, trois journalistes français me demandèrent, tour à tour: « Vous vivez en Roumanie : pourquoi la Roumanie? » Et chacun d’évoquer... les enfants des rues... les milliers d’orphelins... les hôpitaux déglingués. Je montrai alors des photos récentes prises à la maternelle de Cicirlau. Une femme parut surprise: « Mais ils sont beaux ces enfants! » s’écria-t-elle. Comme s’il s’agissait de photos truquées, elle ajouta: « Vous ne niez pas l’existence des enfants abandonnés? » Bien sûr que non. Les médias d’aujourd’hui n’ont hélas guère de place pour les enfants qui vivent normalement.                                  
Pourquoi les médias de France ne montrent-ils de la Roumanie que ce qu’il y a de gris et de noir ? Je l’ai demandé à ces journalistes. Ils rechignaient à admettre qu’il y a une autre Roumanie, celle de la paysannerie des montagnes, celle des traditions encore intactes, du Maramures et d’ailleurs. « Vous connaissez le Maramures? » Evidemment, personne n’avait entendu ce nom. Et l’un de mes interlocuteurs de persister ainsi : « En Europe, c’est en Roumanie que l’espérance de vie est la plus courte... » - « Je sais. Je l’ai dit à une femme du Maramures, à laquelle je reprochais de manger trop de viande et trop de matières grasses. Après un bref instant de réflexion, elle m’a répondu: “Eh bien, ça me fait rien de mourir plus tôt. Au moins, j’aurai bien mangé...” Et elle avait éclaté de rire. »
 
" Les photos payées le plus cher sont celles
des enfants sanguinolents, surtout si c'est des petites filles "
 
Pour écrire, j’ai vécu souvent en France, en Ariège, dans une région des Pyrénées qui fait penser au... Maramures. Un jour, ma voisine m’a dit: « Je viens de voir à la télévision un reportage sur la Roumanie... C’était... é-pou-van-ta-ble... » Je me suis alors énervé: « La télévision ne montre que ce qu’elle veut ! A des journaux d’Occident j’ai proposé plusieurs fois des reportages illustrés sur le Maramures. Jamais ils n’ont accepté. Ce qu’on voulait, c’est du sang. Des mineurs bastonnant des innocents. Vous savez quelles sont les photos payées le plus cher par les magazines? Des enfants sanguinolents ! Des gamins. Mais on paie bien plus cher pour une petite fille... Si la télévision roumaine ne montrait que les verrues et les blessures de la France, vous imaginez... Si l’on n’y voyait que les clochards, les alcooliques, les sans abri, les chômeurs, les suicidaires, les malades du sida, les vieux qui meurent seuls, abandonnés de tous s’ils sont pauvres, et ces hôpitaux psychiatriques qui affichent complet... Et... et si l’on ne parlait que des pharmacies? » - « Qu’est-ce qu’elles ont, nos pharmacies? » me dit ma voisine. « Les pharmacies de France font des affaires d’or ! La France a le record du monde de la consommation de médicaments, en particulier les anti-dépresseurs. Les Français ne se sentent donc pas si bien... ». Bon, c’était avant que la France fût devenue championne du monde de football.
 
" Courage… me dit-il,
comme si j'étais assigné en résidence en Irak "
Les Français ont et auront longtemps encore leur propre image de la Roumanie. Un jour, M. Ramonet, directeur du Monde diplomatique, dédicaçait son dernier livre, Géopolitique du chaos. Apprenant que je vivais en Roumanie, il m’écrivit cette phrase sibylline que le général De Gaulle aurait prononcée en 1968: « Vous, les Roumains, vous savez être roumains! ». Et M. Ramonet, l’un des hommes les mieux informés, crut opportun de m’exprimer sa sympathie. « Courage... » me dit-il, comme si j’étais assigné à résidence en Irak.  

« Le Robert présente ses plus sincères excuses au peuple roumain » a indiqué dans un communiqué Pierre Varrod, directeur général de la maison d’édition. Dans un supplément consacré aux langues indo-européennes et publié à la fin de l’année dernière, le Petit Robert de la langue française avait illustré le chapitre « Roumanie » par une image représentant une dizaine de Tsiganes, dont plusieurs enfants au visage sale, près de tentes installées dans un camp boueux. Les Tsiganes sont la minorité la plus importante de Roumanie, avec officiellement un demi-million de personnes (officieusement deux millions). Cependant, selon le Conseil de la communauté des Roumains « la photo n’est pas représentative de vingt-deux millions d’habitants de la Roumanie ». Pierre Varrod confiait : « Aucune réédition de ce livret n’est prévue mais, le cas échéant, les dictionnaires Le Robert s’engagent formellement à supprimer la photo incriminée 

Mise à jour du 10-03-2003
La souffrance de Doïna, professeur de français
 à Nantes, vivant depuis 20 ans en France
« A force d’être martelés, les clichés sur les Roumains
s’imprègnent fortement dans la conscience des Français »
Dans un courrier publié par le quotidien Ouest-France, Doïna LE NOAY, nantaise d’origine roumaine, professeur de français dans un lycée, et présidente de l’Association des Roumains de Loire Atlantique a réagi devant les clichés accolés par les médias à son pays natal.
« Si j’ai pris la décision de m’adresser à votre journal ce n’est pas pour parler de la chance que j’ai de vivre à Nantes depuis 20 ans, de faire un travail que j’aime, d’avoir des collègues et des amis qui me sont chers. C’est que ces derniers temps, comme tous les Roumains, je vis un état de malaise.
Nous en avons longuement débattu lors de l’assemblée générale de l’association du mois d’octobre dernier.
Nous sommes des Français d’origine roumaine, des jeunes et de moins jeunes, tous intégrés dans le monde du travail de la région, dans des domaines très divers : services, médecine, arts, artisanat, enseignement, etc. Nous participons à la vie sociale par notre famille et par les activités de bénévolat. Ce qu’on appelle « la majorité silencieuse », qui n’a rien de sensationnel pour intéresser les médias.
Nous sommes riches de deux cultures que nous avons faites nôtres, et dont nous sommes fiers, mais aujourd’hui nous sommes indignés, affligés, voire blessés.
De manière récurrente, presque obsessionnelle, les mêmes titres, les mêmes images, devenus clichés, sur la Roumanie et les Roumains, s’imprègnent fortement, à force d’être martelés, dans la conscience des Français.
Le cœur serré, nous reconnaissons que ces images sont réelles. Il y a beaucoup d’enfants dans les orphelinats en Roumanie ; il y a des Tziganes qui encombrent ici des camps et des rues ; il y a aussi des Roumains qui, chassés par la fermeture des usines, viennent chercher du travail en France et se font déloger par les équipes du GIR ; il y a aussi ceux qui profitent de la misère et de la déroute de leurs concitoyens.
Voilà l’image que peut avoir aujourd’hui un Français qui n’a jamais été en Roumanie pour apprécier l’hospitalité de ses habitants et l’authenticité de ses campagnes ou celui qui n’a pas eu l’occasion de connaître le patrimoine intellectuel et artistique légué par ses créateurs à la culture universelle.
 
« A force d’être réductrice, une image peut devenir fausse »
Cela me rappelle une situation anecdotique, personnelle. Avant 1990, ma mère me téléphonait parfois, sans objet précis apparent, juste pour se rassurer que j’étais bien portante et surtout que je me trouvais bien à Nantes. C’est qu’à cette époque en Roumanie les seules images qu’on donnait au journal télévisé sur la France étaient les incendies de forêts du Midi, en été, et les « soupes populaires » de Paris, en hiver. Sales images réductrices !
            Est-il juste de bafouer vingt millions de Roumains à cause d’une minorité de 0,1 % ? Nous savons tous que les médias ont des exigences d’écoute, mais trop c’est trop, et c’est pour cela que j’ai pris la plume.
Je ne peux finir sans rappeler le soutien moral et les encouragements que nous avons reçus de la part des Français qui connaissent une autre Roumanie. Nous les remercions et nous les assurons que, malgré tout, nous cultiverons les vertus ancestrales d’accueil et d’amitié chères à notre âme et à notre peuple. Réunis pour fêter le Noël roumain le 21 décembre, en association, nous nous sommes préparés pour mieux apprécier celui du 25 au sein de nos familles. Avoir deux Noël, cela fait partie de notre chance ».
                                                                                                               Doïna Le Noay

 

 
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