DES VISAGES DES FIGURES (In Romania)

Carnet hébergé sur le site La Roumanie de France

ECRIRE A L'AUTEUR

 

L'ALBUM PHOTOS

 
Premier contact avec la Roumanie : une Roumaine (Cathy) nous demande si on peut la prendre en stop sur cent mètres. Ensuite, direction Satu Mare et sa belle place en béton. Trente minutes pour changer quatre travellers. Résultat : deux énormes liasses de billets. Nous sommes riches. Nous retrouvons Cathy par hasard dans un restaurant et elle nous invite à la table de son ami. Excellent moment passé en leur compagnie. En Roumanie, rencontrer des gens n'est vraiment pas difficile.Comme nous l'avait promis Cathy, sur la route vers le Maramures, les paysages étaient très beaux. Les chaussées hélas moins. De véritables champs de cailloux (pointus) parsemaient notre chemin.
En nous trompant de porte, nous avons dégotté à Botiza (Maramures) un petit logement sympathique chez Irina à un prix deux fois moins élevé que ceux pratiqués par l'office de tourisme. Seul bémol, nous venons d'apprendre que la fête du " Maramuzical " se situe à quelques cinq kilomètres de là. La promenade promettait d'être longue. Le " Bétaillère-stop " est monnaie courante dans les campagnesHeureusement, une bétaillère providentielle nous proposa son aide. En deux temps trois mouvements, voilà donc Yéyé, Moulia et… Vassilié (un gamin plein de vie croisé en chemin) installés dans la benne. Le confort n'est guère au rendez-vous. Pourtant, un grand sourire se dessine sur leurs visages. Allez comprendre…
A la fin de la soirée, la plupart des convives ont fait du bétaillère-stop. Trente ? Quarante ? gadjos embarqués ! Ambiance terrible dans la benne.Le Yéyé a certes eu du mal à grimper dans la machine, mais une fois son quintal hissé, il n'a pas eu à regretter ses douleurs." Centrum ! Centrum ! Centrum ! " hurlait-on dans la benne.
Notre bon petit Vassilié a même ramené un Ursus tout désorienté devant sa tente.
Les Maramuzical commençaient bien !
 
Petite balade à pied jusqu'à Poieline Izei. Deux jeunes du coin, Ovidiu et Michela nous ont servi de guides dans le village. Ce fut l'occasion pour nous de visiter notre premier monastère en bois. A l'heure de trouver un logement, un dénommé Mihail se présenta et nous proposa le gîte et le couvert. Nos perspectives de camping dans un quelconque jardin se transformèrent en une nuitée grand luxe dans des chambres dont les murs et les plafonds étaient peints à la main. Superbe. Pour ne rien gâcher, nos hôtes paraissaient particulièrement heureux de nous accueillir…
 
Retour à Botiza sous les éléments déchaînés.
Il pleut, il ne cesse de pleuvoir. Nous n'aurons aucun répit au cours de cette journée. La noce a dû changer de lieu. Nous ne dînerons pas dans un champ, sous les étoiles, mais dans une grande salle des fêtes. Pour l'instant, nous sommes dans une petite cabane en bois qui sert de bar. Il est aux alentours de 16 heures et nous buvons. Bière ou lichior de pomme, c'est selon.
Les faciès des habitants du lieu se prêtent avec bonheur à mes envies photographiques. Il ne s'agit plus de visages, mais bel et bien de trognes usées jusqu'à la corde par l'âge, les travaux des champs et l'alcool. J'aimerais bien aussi immortaliser cet enfant avec son bonnet qui ne quitte pas l'angle de la porte. Pour l'instant, il se dérobe à mon objectif mais qui sait ?
 
Cette noce, c'était du Kusturica ! La musique, l'alcool, les amis, la danse, les gens…
Il n'aura manqué qu'une chose : que l'un d'entre nous se taille avec la mariée ! (en discutant avec des gens du lieu, nous avons d'ailleurs appris que, comme dans Chat Noir Chat Blanc, celle-ci se mariait à contre cœur, vraisemblablement les mariages arrangés existent encore)
 
Une noce roumaine, c'est facile !
On voit une table de libre et on s'assoit. Personne n'est là pour vous demander une quelconque carte d'invitation et personne ne semble s'interroger sur les raisons de votre présence. Vous êtes là, c'est tout, et c'est tant mieux pour les mariés. Ils auront plus de sous dans la corbeille !
A votre table, il y a déjà des bières, de l'eau, des confiseries et des pichets de tsuica. S'il y a plus de monde que prévu, on se tassera un peu et on rajoutera des tables. Impossible n'est pas Roumain !
 
Le lendemain du mariage, l'objectif était clair : retourner chez Michou (Mihail) à Poieline-Izei. Par la route pour les uns, par les chemins pour les autres. Je ne me suis guère pressé pour accomplir la petite dizaine de kilomètres séparant les deux villages. L'autoradio fonctionnait à pleins poumons (Les Pires et Ando Drom en boucle) et cette musique, qui nous rappelait les fastes de la veille, accompagnait avec bonheur les douces rondeurs des monts du Maramures. Comme dirait Yéyé, on se prenait pour la reine d'Angleterre en saluant à quinze kilomètres heure nos sujets, aussi heureux que nous de faire coucou. Moment parfait, images plein la tête, musiques dignes de celles entendues la veille, même les oiseaux paraissaient nous escorter. J'ai failli y aller de ma petite larme, encore incrédule de pouvoir vivre des instants comme ceux-ci
 
La soirée s'est poursuivie chez des amis de Michou. Là-bas, un nouveau guet-apens nous attendait. Si quelques-uns d'entre nous ont su refuser avec constance les verres qui se tendaient à eux, les autres de la bande n'ont jamais trouvé les ressources morales nécessaires pour refuser ces tsuicas supplétives. Il faut dire que ce n'est pas évident ici de refuser un verre.
Popol a certes bel et bien tenté de négocier avec le " remplisseur de verres " du lieu (je bois si tu bois, non mais !), mais Zozo et Forrest, inconscients du danger, ont tenu contre vents et marées à préserver leur rang. Au bout d'un certain temps, il a fallu l'intervention de Michou en personne pour que la soûlerie prenne fin. Nos trois gars auront au moins échappé à l'humiliation suprême qui aurait été de vomir devant une assistance qui n'attendait que cette défaillance.
 
Le hasard faisant parfois mal les choses, il s'est trouvé que les trois qui avaient bu ce dimanche soir étaient aussi les trois qui devaient se lever à quatre heures du matin pour prendre le bus à Botiza et rejoindre Sighisoara dans la journée. Une journée atroce se profilait devant eux. Seize heures de voyage pour 250 kilomètres…
 
 
Deux ans après notre premier voyage en Roumanie, nous sommes retournés à Zizin, un village gitan à une vingtaine de kilomètres de Brasov. Nous avons retrouvé Gaby Gabriel ! Et le bougre se souvenait de nous… Il a, comme précédemment, été un fabuleux laissez-passer en terre gitane.
A l'aide du jetable sans flash de Yéyé, nous avons immortalisé une ribambelle de visages colorés. Difficile de refuser une photo à un Gitan. Appareil cramé en moins d'une demi-heure. La prochaine fois, on viendra avec le Reflex. (charrette stop (?),
 
Sibiu est une ville très agréable, disposant d'un important centre piéton. Notre repas à " La Turn " (une excellente adresse) a été conclu par quelques bonnes vodkas et une bonne averse. Ensuite, objectif discothèque. On nous avait parlé du Blow Up (prononcez Bloup), curieuse boîte située dans le sous-sol d'un building. Quelques frayeurs tout d'abord, mais finalement ce lieu se prêtait bien à nos " exploits sur la piste ". Rarement vu une telle concentration de jolies filles ! Musique techno très boostante (il est quand même conseillé d'avoir bu un minimum !). J'ai même croisé un type qui se souvenait m'avoir vu en boîte à Sinaïa deux ans auparavant… Le monde est petit.
Une dernière petite visite de Cluj Napoca et la Roumanie, c'est terminé pour nous. Enfin, on reviendra rapidement. Ce pays, c'est sûr, ne peut pas laisser indifférent. On aime ou on déteste son côté foutoir chaleureux (cf. le très beau livre de Bernard Houliat, la Roumanie au petit bonheur). En tout cas, c'est peut-être une des dernières terra incognita d'Europe. La carte de Roumanie est désormais suspendue dans la plupart de nos appartements. Pour ma part, j'essaye d'apprendre la " limba romana " (amusant et pas forcément si difficile, enfin on jugera sur place !) et compte retourner là-bas pendant les vacances de Noël. A cette occasion, Olivier et moi cherchons des contacts sur quelques villes, notamment Bucarest. N'hésitez pas à m'écrire :unicum@wanadoo.fr
 
Texte : Laurent Lecapelain
Photos :Laurent Lecapelain, Olivier Chéneau, Pierre Campion, Manuel Mathonnière, Rodolphe Tréhet, David Ragot, quelques Roumains inconnus…