« Monsieur le Premier ministre, combien coûte un pain ? »

Les journalistes d’« Evenimetul Zilei » (« L’Evénement du Jour ») ont refait à Adrian Nastase le coup que leurs collègue français avaient réservé à Valéry Giscard d’Estaing, voici près de 40 ans. Alors ministre des Finances du Général De Gaulle, le futur Président de la République avait voulu montrer qu’il était proche de la population malgré ses origines de grand bourgeois, paradant à la télévision en chandail - une première dans la France constipée de l’époque -, jouant de l’accordéon. Il avait même convoqué la presse pour le photographier prenant le métro… mais avait été malheureusement incapable de répondre à la question du journaliste lui demandant le prix du ticket.

De la même façon, le Premier ministre roumain a été pris au dépourvu quand il a été interrogé sur le prix de la « fanzela », équivalent du pain de deux livres, hautement symbolique pour ses compatriotes qui en consomment énormément, dont le prix pourrait passer à 14 000 lei (0,38 €, 2,50 F), cette annonce leur ayant fait faire des bonds d’indignation, eux qui ont connu le pain à 3 lei sous Ceausescu ! Dans l’impossibilité de répondre et ne voulant sans-doute pas se faire piéger, Adrian Nastase s’est même montré offusqué par la question, l’a qualifiant de « pénible et gênante ».

De même, interrogés sur le panier de la ménagère, le salaire minimum, l’indexation du montant des pensions - autant de sujets dépendant de leurs administrations - ses ministres sont restés muets, incapables aussi d’évaluer le prix d’un litre de lait ou d’un œuf, écartant les questions avec la même morgue.

« Cette question n’est pas utile » a estimé le Secrétaire général du gouvernement, Serban Mihailescu. Le ministre délégué au contrôle de la réglementation, Ionel Blanculescu, a demandé à ce qu’« on le rappelle quand il aurait du temps libre », car il « était débordé ». Son collègue Vasile Puscas s’en est sorti en disant que « c’était sa femme qui faisait les courses ». Le ministre de la Défense, Ioan Mircea Pascu, a refusé de répondre, indiquant qu’il ne s’agissait pas d’une priorité nationale, ni d’un problème fondamental… n’acceptant que « les questions sérieuses ».

Dans son livre « Rascoala » (« L’insurrection »), mettant en scène la grande révolte paysanne de 1907, effroyablement réprimée par les autorités de l’époque, le grand écrivain Liviu Rebreanu fait dire à un préfet : « De la misère, oui, naturellement, il en existe… Mais lutter contre la misère n’entre pas dans les attributions du gouvernement »…

« Evenimentul Zilei » rappelle que l’objectif du programme du gouvernement dans le domaine des revenus salariaux est « de s’assurer qu’un salaire permettra de garantir un minimum de vie décent ». Et le journal de demander ingénument : « Comment les ministres peuvent-ils le définir… s’ils ne connaissent pas les prix des aliments de base ? ».

  
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