Traila Clipici se tourne vers les juges de Strasbourg pour
récupérer ses quatre vaches, son veau, sa truie et son alambic à tsuica
 
Traila Clipici est un homme de principes. Il ira à Strasbourg bien qu’il ait récupéré 18 des 20 hectares cultivables que les communistes avaient confisqués aux siens. Pour lui, il s’agit d’une question de justice, mais aussi de mémoire. Seul héritier, ce fils de paysans veut qu’on lui rende tout ce qu’on a volé à sa famille, en 1955, ce que la Justice roumaine s’est refusée à lui accorder entièrement en cinq ans de procédures. Les quatre vaches, son veau, la truie, son alambic à tsuica, la faucheuse-batteuse, mais aussi l’immeuble de treize appartements acquis à Timisoara, au cours des générations, devenu aujourd’hui le siège de l’Institut de Protection des forêts, et qu’il estime à 300 000 € (2 MF).
A 57 ans, amer, l’homme se souvient des épreuves endurées par son père et son grand-père traités d’« ennemis du peuple », de « chiabur » (« koulak » ou « richard »), au début des années cinquante, parce que ces paysans de Remetea Mare, au fil des ans et à force de travail, avaient réussi à se constituer un patrimoine respectable. Lui-même, alors qu’il n’avait que neuf ans, avait été mis à la porte de l’école pour ses origines.
Au printemps 1955, les communistes étaient venus en pleine nuit trouver son grand-père, dans la ferme, et sans autre forme de procès avaient confisqué les terres, au motif qu’il n’avait pas payé ses impôts. « C’est faux » s’exclame Traila Clipici, « J’ai toutes les quittances ». En août, c’était au tour du bétail et de l’alambic d’une capacité de 350 litres d’être « nationalisés ». Mais quand il s’est agi de prendre la faucheuse-batteuse, son père s’est révolté et a refusé. Les communistes ont appelé des « tractoristes » en renfort, l’ont fait monter de force dans la machine et sont partis avec lui. « Il est revenu à pied, avait été battu, mais n’a jamais voulu en parler » se souvient son fils, ajoutant « dès le lendemain, sans mot dire, il allait travailler à la ferme collective ».
Trois ans plus tard, après qu’on ait tout pris à sa famille, Traila Clipici, par une délibération du Conseil populaire de Remetea Mare, était rayé de la liste des « chiabur ». Il a suivi les traces de son père, entrant à la CAP (coopérative agricole de Production). Par la suite, et pendant des années, il n’a cessé de harceler la justice « socialiste » de son pays pour qu’on lui rende ses biens, entamant des dizaines de procédures, envoyant des centaine de mémoires jusqu’aux plus hautes instances du régime. Sans illusions… sauf aujourd’hui « parce que Strasbourg peut me rendre justice », espère-t-il.

 

  
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