La Roumanie et l’Europe

         La Roumanie se trouve dans une situation paradoxale. Jamais un pays n’a été aussi proche de l’Europe… et autant éloigné. Proche, car toutes les enquêtes d’opinion le confirment : les Roumains sont les plus europhiles de tous les peuples aspirant à rejoindre l’Union européenne. Ils la plébiscitent à plus de 80 % et rêvent d’un euro qui serait pour eux le signe d’une prospérité à laquelle ils aspirent. Eloignée, parce que, aux yeux de tous les observateurs, la Roumanie est le pays le moins bien préparé à y entrer, avec la Bulgarie. Même avec un délai supplémentaire de trois années par rapport aux dix autres candidats de l’Est, son économie ne sera pas prête en 2007 et les réformes de structure tant nécessaires n’auront pas encore produit leurs effets.

Qu’à cela ne tienne, l’UE a résolu de lui faire franchir le pas et cette décision politique l’a emporté sur les considérations économiques. « L’intendance suivra » avait coutume d’épiloguer le Général De Gaulle  lorsque il faisait part à ses compatriotes de ses desseins visionnaires. C’est tout à l’honneur des Quinze qui ont compris qu’une Roumanie hors de l’Europe serait une Roumanie condamnée mais aussi déstabilisante pour le Vieux Continent, avec toutes les incertitudes que cela entraînerait sur son flanc sud-est.

Il reste donc à peine trois années à Bucarest pour tenter de négocier au mieux possible ce grand virage qui va changer définitivement la face du pays. Les gouvernants roumains ont du pain sur la planche. Ils doivent libéraliser leur économie pour que celle-ci devienne compétitive et rassurer les investisseurs potentiels en donnant un cadre sécurisant à sa législation. Ces transformations conduiront, dans un premier temps, à augmenter le nombre déjà insupportable des laisser pour compte, entraînant dans un désespoir encore plus grand la génération des sacrifiés. Ce sera le rôle de l’UE de veiller à en réduire au maximum les effets.

Il leur faut également réformer une Justice trop souvent corrompue et accélérer la restitution des biens aux propriétaires spoliés par l’ancien régime. C’est à ce prix que les Roumains auront le sentiment de vivre dans une société juste et accorderont une réelle confiance à leurs dirigeants.

Deux autres domaines demandent aussi des réformes d’urgence. La santé, dont le système s’effondre, laissant une bonne partie de la population sans véritable protection. L’enseignement, qui est en train de perdre ses repères, ses valeurs… et ses éléments les plus prometteurs, lesquels choisissent de plus en plus souvent de partir à l’étranger.

Enfin, la Roumanie ne doit pas oublier que son ambition se confond désormais avec celle d’une Europe qui veut s’affirmer et au rôle irremplaçable dans le monde.

Ces considérations géopolitiques sont sans-doute un peu éloignées des préoccupations des communes, associations, institutions, qui, elles, ont choisi la voie du cœur pour aider leurs amis roumains dans cette formidable mutation. Mais justement, comme entendent le montrer les Assises franco-roumaines de Villefranche de Rouergue, le rôle de la société civile n’en est que plus grand.

                                                                                     Henri Gillet

 

  
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