Miroir aux alouettes et dégâts collatéraux

     

            
    Après la victoire de l’US Army en Irak,  la Roumanie, qui a été aux côtés de Washington tout au long du conflit, va-t-elle céder à la tentation américaine ? Déjà, on évoque le déménagement de bases militaires d’Allemagne qui s’installeraient sur les rives de la Mer Noire ou à l’intérieur du pays, même si elles ne devraient être utilisées qu’en cas de nécessité. Depuis qu’ils se sont fixés comme objectif prioritaire de rentrer dans l’OTAN, les dirigeants roumains font les yeux doux devant toute proposition venant des Etats-Unis, allant au devant de leurs désirs.
    Washington y est d’autant plus sensible que les promesses qu’il fait à son nouvel allié pour le remercier de sa fidélité flattent celui-ci tout en ne lui coûtant pas un sou : un jour on lui annonce que le vote de son adhésion dans les structures atlantiques par le Congrès américain sera avancé à mai, le lendemain, on lui expédie un envoyé spécial pour lui accorder le statut tant espéré d’économie de marché, en dépit des critères internationaux requis.
    Jusqu’ici, c’est même plutôt Bucarest qui supporte le poids de cette nouvelle alliance ressemblant par certains aspects à un miroir aux alouettes : envoi d’un contingent au Kosovo, puis en Afghanistan, enfin en Irak, ouverture de son espace aérien, mise à disposition de bases…
    Quand l’ambassadeur américain se permet de dire tout haut ce que le tout Bucarest diplomatique pense tout bas, à savoir que la corruption de la classe dirigeante roumaine est une honte pour le pays, et que personne ne pipe mot, politiciens et affairistes baissant la tête piteusement, même s’ils n’en continuent pas moins leurs trafics, on peut mesurer tout le poids que Washington pèse désormais à Bucarest.
    Paradoxalement, la population, hostile à près de 75 % à la guerre en Irak, ne réagit pas et paraît avaliser le choix de ses dirigeants, qu’elle méprise par ailleurs. Il faut y voir là l’absence d’opinion publique organisée et la carence de ses leaders naturels que devraient être les intellectuels. Mais aussi la mythification du rêve américain dans la société roumaine, notamment auprès des jeunes.
    L’idée européenne et les forts liens qu’entretiennent Paris et Bucarest ont souffert de cette nouvelle donne, même si chacun s’efforce activement de recoller les morceaux. Il serait vain de nier que quelque chose ne s’est pas cassé entre les deux pays. Déçue dans son amitié, la France n’a sans-doute plus les yeux de Rodrigue pour une Roumanie pourtant si chère à son cœur. Prions pour que la relation franco-roumaine ne soit pas aussi une victime collatérale du conflit irakien.
                                                                                                               Henri Gillet
  
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