Reconnaissance de dettes

Elections : les parlementaires doivent souvent payer
pour figurer en bonne place sur les liste des partis
 
La classe dirigeante roumaine est l’une des plus décriées des ex-pays de l’Est, ne provoquant guère que ricanements dans la presse et, le plus souvent, dégoût, méfiance ou indignation au sein de la population devant une corruption et une incapacité largement répandues.
Selon les observateurs de la vie politique, 80 % des parlementaires auraient des dossiers pénaux en cours à leur encontre, providentiellement « oubliés » au fond des tiroirs. Les sièges de sénateurs ou de députés s’achèteraient au sein des partis, sans trop qu’on sache ce que devient l’argent après. Certes, une partie est utilisée pour financer les frais de campagne ou de fonctionnement, mais cela est loin d’en représenter la totalité.
 
De 30 000 à 60 000 € pour s’assurer un siège de sénateur
 
Le prix varient suivant les régions, comme l’ont révélé plusieurs parlementaires familiers de ces pratiques : de un à deux milliards de lei (30 000 à 60 000 €, 200 000 à 400 000 F) pour une position éligible sur une liste. A Oradea, un candidat sénateur a versé 1,5 milliards de lei pour obtenir une troisième place lui assurant un siège.
Mais comment trouver cette somme quand le salaire moyen dépasse tout juste les 3,5 millions de lei (105 €, 700 F) ? Les « amis » ne manqueront pas de prêter une oreille attentive et à ouvrir leurs bourses aux candidats qui peuvent se montrer utiles par la suite. Comme ce n’est pas leur indemnité parlementaire d’environ 1000 € qui leur permettra de rembourser cette avance, il faudra bien qu’ils se servent de leurs fonctions pour témoigner leur reconnaissance en rendant de multiples petits et gros services. D’où la réputation d’affairistes attribuée aux politiciens : il leur faut rentabiliser leurs mandats. Ils peuvent le faire en tout quiétude, bénéficiant d’une opportune immunité parlementaire.
 
Des dérives facilitées par le scrutin de liste proportionnel
 
Ces dérives sont facilitées par le scrutin de liste proportionnel utilisé en Roumanie. Les électeurs sont appelés à voter pour une liste bloquée, où les places sont déjà arrêtées, et non pas à se prononcer suivant le mérite personnel des candidats, comme le permet le scrutin uninominal. Les citoyens risquent d’être trompés deux fois. Quand les partis désignent des candidats estimés par la population, qui leur servent de faire-valoir mais dont ils savent que leur position sur la liste ne leur donne aucune chance d’être élus. Quand ils font élire automatiquement des candidats étrangers au département qui n’y mettront ensuite plus les pieds, ou notoirement incompétents. C’est le cas à Arad, où un sénateur PRM (Parti de la Grande Roumanie de Corneliu Vadim Tudor) vit à Constantsa, à plus de 800 km. A Timisoara, un autre sénateur n’avait fait que deux ans d’école primaire et était « tractoriste »…  mais se révélait particulièrement débrouillard quand il s’agissait de ses intérêts.
Les élus ne sont pas les seuls à encourir l’opprobre de leurs concitoyens. Il en va souvent de même pour les préfets, dont les nominations sont elles aussi « affairistes ». Certains tentent de profiter de leur situation au plus vite, obligeant le pouvoir central à les démissionner au bout de quelques mois devant les récriminations provoquées par leur comportement.
  
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