Une première de la « société civile » 
 La Banque Mondiale renonce à financer le projet controversé de mine d’or de Rosia Montana, dans les Apuseni
 
L’information a été révélée par le « Wall Street Journal », dans son édition du 10 octobre : la Banque Mondiale a décidé d’annuler le prêt de 250 M€ (1,650 milliards de F) qu’elle s’apprêtait à accorder à la firme canadienne Gabriel Resources LTD, dont le principal actionnaire est un homme d’affaires d’origine roumaine, Frank Timis.
Celui-ci a entrepris d’investir 450 M€ (près de 3 milliards de F) dans une vallée des Apuseni, pour y exploiter des mines d’or dont les réserves sont estimées à 300 tonnes (Voir « Les Nouvelles de Roumanie », n° 12). Mais ce projet, qui est en cours de réalisation, nécessite de déménager une population de 2000 personnes et de démolir 900 maisons. Après quinze années d’exploitation, la vallée qui recèle aussi des vestiges archéologiques datant de l’occupation roumaine, aura disparu, laissant notamment place à un bassin de décantation de 400 hectares contenant des résidus de cyanure, nécessaire au traitement intensif du minerai. Cette technique avait déjà été utilisée à Baia Mare par une firme australienne, voici près de deux ans, provoquant une catastrophe écologique dans le Danube.
Lors du congrès annuel de la Banque Mondiale, qui s’est tenu fin septembre à Washington, deux militants écologistes roumains ont réussi à approcher son président James Wolfensohn et à le convaincre des dégâts sociaux et environnementaux de ce projet pharaonique qui après avoir fait de Rosia Montana, la plus grande mine d’or d’Europe à ciel ouvert, condamnait ce village de 4000 habitants à la mort. Convaincu par leurs arguments, et ne voulant pas que le nom de son prestigieux établissement soit mêlé à une entreprise aussi controversée, James Wolfensohn a demandé qu’il s’en retire.
Il s’agit là de la première victoire obtenue par la « société civile » en Roumanie, à la suite d’une action soutenue par une vingtaine d’ONG internationales ou roumaines, comme « Greenpeace » ou « Les Amis de la terre », qui s’opposent au projet de Frank Timis. Sur place, 350 familles les avaient rejointes et refusaient d’être déménagées.
La décision de la Banque Mondiale pourrait décider d’autres banques à imiter son attitude, remettant en cause le financement de l’opération, bien que ses commanditaires bénéficient du soutien du gouvernement et affirment qu’ils trouveront ailleurs les fonds dont ils ont besoin. Curieusement, Frank Timis faisait partie des quatre hommes d’affaires roumains qui ont sponsorisé un sommet des services secrets des pays de l’OTAN et candidats - démarche déjà surprenante - fin septembre, à Bucarest, pour faire le point avant leur adhésion.
  
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