Premier recensement agricole général depuis 1948, au mois de décembre

  
Mauvais souvenirs et craintes
vis à vis de l’Etat dans les campagnes
 
La Roumanie va procéder à son premier recensement général agricole depuis 54 ans. Le dernier s’était déroulé au commencement de l’ère communiste, en 1948. Depuis cette date, seuls des recensements spécialisés avaient été effectués, portant sur le nombre d’animaux, les superficies des vignes et des vergers…
Les bouleversements entraînés par la « Révolution » de 1989 ont profondément modifié le paysage et les structures agricoles, avec notamment la privatisation des terres, la disparition de nombre de coopératives agricoles, sans que les pouvoirs publics puissent en avoir une photographie exacte.
Cette carence constituait un grave handicap dans l’élaboration d’une politique cohérente, notamment dans la perspective d’une entrée dans l’UE dont le volet agricole se révèle essentiel pour un pays aussi rural que la Roumanie. Par ailleurs, Bruxelles avait demandé à Bucarest de mettre à jour son outil statistique et l’ONU, dans le cadre de la FAO, recommande à ses membres de procéder à un recensement agricole général tous les dix ans.
Les opérations vont donc se dérouler entre le 1er décembre et la fin janvier. Elles porteront sur le nombre, l’importance et les structures des exploitations, les premiers résultats devant être connus en avril 2003 et exploitables un an plus tard. Toutefois, les autorités s’attendent à des difficultés, bien que le recensement soit obligatoire, et ont entrepris un travail de communication pour le faire mieux accepter.
 
« Avec une bonne bouteille de tsuika,
ils oublieront ce qu’ils ont compté »
 
De nombreux paysans ont encore en mémoire les confiscations effectuées par les communistes et voient d’un mauvais œil que l’Etat mette le nez dans leurs affaires. Au cours de leur histoire, quand ils ont eu à faire avec le pouvoir, cela s’est toujours passé à leur détriment : travailler comme des bêtes de somme pour les boyards, leur donner son blé, son argent, son bétail ou bien livrer ses enfants aux Turcs… Alors, aujourd’hui, même avec l’aval de l’ONU, on se méfie dans les campagnes. « L’Etat ne va-t-il pas en profiter pour instituer de nouvelles taxes, augmenter les impôts ou bien diminuer l’aide sociale ? » s’y demande-t-on fréquemment.
« J’ai quelques poules et des oies… Est ce qu’ils vont me les prendre ? » entend-on dire. « Faut-il déclarer les dindes que j’ai mises au congélateur ? » s’inquiète un autre. Certains parlent d’aller cacher leur bétail quand les agents recenseurs viendront. « Ils ne trouveront rien, j’emmènerais mes trois vaches et le cheval » s’emporte un vieux. Son voisin tente de le rassurer : « Tu sais bien comment çà se passe. Avec une bonne bouteille de tsuika, ils oublieront ce qu’ils ont compté ». 
  
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