Les paysans n’auront plus le droit de distiller

eux-mêmes leur alcool
 La tsuica, sous surveillance du fisc,
menace de provoquer une explosion
 
Considérant que la tsuica produite par les paysans est source de marché noir et d’évasion fiscale, le ministère des Finances a décidé que sa production ainsi que celle des alcools naturels de fruits ne pourra plus désormais s’effectuer que dans des distilleries autorisées, afin que les droits et taxes ne lui échappent pas. La tsuica représente 60 % de la consommation des boissons spiritueuses en Roumanie et est produite aux trois quarts par les paysans ou particuliers qui pouvaient la distiller librement jusqu’ici.
Cette mesure ne va pas manquer de soulever une tempête de protestations dans les campagnes ou chacun produit pour lui-même, la famille, le voisinage, et où l’eau de vie de prune sert aussi de monnaies d’échanges pour services rendus. Dans les Apuseni, il n’existe pas une maison où on ne fabrique pas son propre alcool. En France, cinquante ans après la réglementation des privilèges des bouilleurs de crû, les cicatrices sont encore visibles…
 
Surveillance jour et nuit des distilleries autorisées
 
Dorénavant, les petits producteurs devront livrer leur tsuica en vrac, contenue souvent dans des bouteilles en plastique, à des distillateurs agréés qui auront créé auparavant une entreprise et se seront équipés d’un alambic d’une capacité minimum d’au moins cent litres, ceci afin de décourager la production artisanale. Ces derniers seront censés l’embouteiller, éventuellement de la commercialiser, et de la déclarer au fisc, cette dernière opération devant s’effectuer un an à l’avance, courant décembre. Au passage, l’alcool méthylique, dangereux pour la santé, et souvent présent jusqu’à hauteur de 5 % dans les eaux de vie maison, sera éliminé.
Le ministère des Finances a prévu de doter les distilleries autorisées de quatre surveillants, se succédant jour et nuit. Il se prépare à embaucher 500 personnes qui recevront un salaire confortable pour la Roumanie de 6-7 millions de lei (200 €, 300 F), destiné sans-doute à éviter la tentation de la corruption dans une activité où la fraude fiscale porte sur des sommes fabuleuses. Actuellement, la Roumanie compte 108 distilleries officielles, soit seulement 2,5 par judet.
 
« Qui ira vérifier devant chaque
porte qu’on n’y fait plus sa tsuica ? »
 
Les producteurs professionnels d’alcool, qui doivent faire face à un marché où 70 % des boissons spiritueuses sont contrefaites, sont sceptiques quand aux résultats à venir des mesures gouvernementales. « Qui pourra aller vérifier devant chaque porte qu’on n’y fait plus sa tsuica ? » se demandent-ils, constatant que les effectifs de la Garde Financière, chargée de ce genre de contrôle sont déjà notoirement insuffisants. « Est ce que ce sera la policier du coin… qui, le plus souvent, est le cousin de celui qui la fabrique et va l’acheter chez lui ? ».

 

  
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