Le cri d'alarme du professeur et francophile Nicolae Dragulanescu

" Comment la Francophonie se meurt en Roumanie "
 
" Si les Roumains sont bel et bien francophones - car dans ce pays, personne n'a jamais été obligé d'apprendre le français - la France ne fait pas grand chose pour les soutenir " estime Nicolae Dragulanescu, professeur à l'Institut Polytechnique de Bucarest et président de la Ligue de Coopération Culturelle et Scientifique Roumanie-France qui lance un véritable cri d'alarme dans une tribune sur Internet, intitulée " Comment la Francophonie se meurt ".
Depuis 1993, la Roumanie est " membre de plein droit " de la Francophonie, une vaste communauté incluant aujourd'hui plus de 500 millions d'habitants - même si tous ne parlent pas français - dans 54 états. Ce statut lui a été octroyé uniquement pour tout ce que les Roumains ont bien voulu, su et pu faire, depuis à peu près trois siècles. C'est ainsi qu'elle est devenue un pays où le français est " langue d'enseignement privilégiée ", comme dans d'autres états de l'Europe Centrale et Orientale (Moldavie, Albanie, Bulgarie, Macédoine et Pologne)... "
Bientôt plus de combat... faute de combattants
 
" Pourtant, la promotion du français est largement insuffisante, se limitant au seul réseau culturel comprenant l'Institut français de Bucarest, les trois centres culturels de Timisoara, Cluj et Iasi et les cinq Alliances Françaises de Brasov, Constantsa, Craiova et Pitesti qui, le plus souvent, doivent se débrouiller seules, avec leurs pauvres moyens. Les autres villes et la Roumanie profonde sont laissées de côté.
A Brasov, la bibliothèque municipale accueille une section française qui ne vit que grâce aux dons de livres fait par des associations amies. Au même étage, le British Council reçoit des dizaines d'étudiants, leur propose ordinateurs, CD roms, ouvrages les plus récents, médias les plus modernes, fournis par le gouvernement britannique.
" Bucarest Matin ", le seul quotidien français de Beyrouth à Zurich, faute d'aide, s'est transformé en hebdomadaire, peut-être la dernière étape avant sa disparition... Notre Ligue culturelle ne compte presque plus de " combattants ". Pour se battre pour le français, au moins faut-il s'y sentir encouragé. Le programme de coopération culturelle, scientifique, technique et institutionnelle élaboré par les gouvernements français et roumain pour les années 2001-2004 ne mentionne même pas les ONG qui agissent dans ce sens. Quand celles-ci manifestent l'intention de s'ouvrir à la Francophonie à l'échelle mondiale, à l'Afrique - il existe des compétences et des enthousiasmes qui peuvent être très utiles en Roumanie - on leur dit de se limiter aux relations avec les autres pays de l'Est ".
 
Tout n'est pas perdu...
 
" Tout n'est cependant pas perdu pour peu que les autorités françaises réagissent, et en premier lieu en faveur de l'enseignement. Pour attirer les jeunes Roumains, il faut doter les écoles ou les médiathèques des moyens modernes dont disposent les élèves apprenant l'anglais ou l'allemand. De même, les programmes de stages, de bourses dans les pays francophones pour les étudiants doivent être développés, pour en faire, à leur retour au pays, des ambassadeurs de la langue française.
Il paraît également impératif de revigorer le corps professoral roumain de français, vieillissant, qui ne compte plus que 14 000 enseignants, dont beaucoup ne seront pas remplacés, faute de vocations. Il faut l'aider à renouveler ses méthodes, ses outils pédagogiques, et agir de sorte que, enfin, les professeurs de français puissent séjourner en France ou dans des pays francophones afin de pouvoir améliorer leur maîtrise de la langue et raviver cette flamme qu'ils ont en eux. Cela aurait dû être fait depuis au moins une décennie "
  
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