« Ignatul » :  le 20 décembre on tue le cochon pour les fêtes à venir
 
Une grande effervescence règne dans les campagnes roumaines, le 20 décembre. C’est l’ « ignatul », le jour où on tue le cochon, en prévision des fêtes à venir et de l’hiver. La famille, les tantes, les cousins, les voisins, les amis sont mobilisés sous la direction d’un « homme de l’art », venu avec tous ses instruments et que l’on paye.
Dès l’aube, pour pouvoir terminer avant la nuit, vite arrivée à cette époque, les femmes chauffent l’eau, apprêtent les ustensiles, alors que les hommes s’organisent pour tuer l’animal après avoir avalé une « tsuica fiarta » (tsuica brûlante). Auparavant, la tradition veut que l’on installe le dernier-né sur le cochon pour qu’il grandisse « gras si sanatos » (gras et en bonne santé) s’il s’agit d’un garçon, « grasa si frumoasa » (grasse et jolie) pour les filles… suivant les canons de beauté autrefois en vigueur.
Toutes ces pratiques se réfèrent indistinctement au rites aussi bien dacs, grec, celtes, perses, plus païens que religieux, et visent à honorer tous ceux qui participent à l’événement.
Commencent alors le dépeçage et les préparations. Les femmes lavent les intestins, la viande est passée au hachoir pour faire les « cârnati », ces saucisses que les Roumains apprécient lorsque leur goût est remonté avec de l’ail et du paprika, trouvant les nôtres fades. Avec les abats on confectionne les « caltabosi », et avec le sang, les « sângerete », boudins. Plusieurs de ces mets seront enfumés, pendant plusieurs jours, au-dessus d’un feu de bois.
Les hommes préparent le lard. Du sel est mis sur les gros morceaux de viande pour les conserver, à moins qu’on ne les fasse frire dans la graisse… ou qu’on ne les installe directement dans le congélateur. Pas une goutte de graisse n’est perdue. Elle est versée dans de grands bocaux et remplacera l’huile pour les fritures à venir.
La vessie est bien lavée, gonflée et donnée aux enfants pour jouer au ballon. Pendant toute la journée, on se partage les « soric », peau croustillante que l’on a fait frire et que l’on déguste avec de la tsuica.
En fin d’après-midi, pour remercier tous ceux qui sont venus prêter la main, la « gospodina » (maîtresse de maison), a préparé, avec ses aides, la « pomana porcului », repas funéraire du porc, la « pomana » étant le repas servi à l’issue d’un enterrement et les morceaux de brioche distribués aux pauvres à cette occasion.
Sur la table, dans une chaude ambiance, entretenue par la tsuica et le vin rouge, a pris place une énorme mamaliga, polenta à base de farine de maïs, accompagnée de viandes frites et de « muraturi », cornichons aigres-doux et poivrons rouges marinés. A l’issue de la journée, ceux qui ont encore quelque énergie aideront à ranger, le nettoyage se poursuivant souvent le lendemain.